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Vénus paléolithique de Lespugue

ÉTUDE GÉOMÉTRIQUE

UN MOTIF SACRÉ





La figurine

Ce moulage est la reproduction d'une statuette en ivoire de mammouth découverte en 1922 par R. et S. de Saint-Périer dans la grotte des Rideaux, commune de Lespugue, Haute-Garonne. La Vénus de Lespugue mesurait à l'origine 147 mm mais a été brisée au moment de la découverte. La statuette féminine aux formes amples et généreuses provient d'un niveau de Périgordien supérieur (appelé Gravettien ou Gravétien), dont l'âge est estimé à 21000 ans avant J.-C. Elle fait partie des collections du Musée de l'Homme.
Source : Artquid

Un lien entre l'humain et le Divin

La Géométrie est conçue par les artistes comme un lien entre l'humain et le Divin. Platon donnera une forme philosophique à ce principe. Selon lui le monde sensible (imparfait) se réfère à un monde d'idées (parfaites). Si Dieu semble plus loin de nous que la géométrie, celle-ci est la fenêtre par laquelle passe la lumière divine. Cette géométrie arrache le réél à sa pesanteur et pointe en direction du créateur. Idéalisme sacré.

Les prémices de cet art

Le vocabulaire de base apparaît dès le paléolithique, plus de vingt mille ans avant notre ère. L'archéologue français André Leroi-Gourhan (1911-1986) approche la Vénus de Lespugue, au cours d'une étude générale portant sur plus de deux cent sculptures paléolithiques. La Géométrie Comparée hérite d'un merveilleux exemple d'application.

Le quadrillage référentiel

Le triangle sacré

Le triangle sacré est la base de toute Géométrie Sacrée (Voir l'article sur la Vierge de Vladimir). Il se tient dans l'ombre de l'Histoire au profit d'autres formes comme le pentagramme, l'arbre et la fleur de vie. Son utilisation concrète comme trame de composition n'apparaît nulle part. Il semble condamné à jouer les outils de terrain, comme équerre de poche (avec la corde à treize noeuds). La nature ayant horreur du vide, des formes bien symétriques et régulières ont tenu lieu de réponse aux esprits en quête d'harmonie... Kepler lui-même se laissera entraîner dans cette sur-enchère de perfection régulière. Il devra abandonner son idée : un solide de Platon en particulier ne faisait pas l'affaire : le dodécaèdre, justement le plus parfait... L'harmonie est dans la structure de l'ensemble.

D'autres formes accompagnent le triangle 3-4-5 et ces figures sont toutes liées par des formules géométriques simples. La vesica piscis donne ainsi accès au pentagramme et à l'hexagramme. Il faut souligner que les figures et leurs mesures se rappaellent toujours du quadrillage. Le double du nombre d'or (2φ) est la diagonale d'un double carreau plus une unité (carreau).

Une seule et même Géométrie

La Géométrie Sacrée fait preuve d'une grande unité dans le temps — il se compte en millénaires. Curieusement elle ne semble jamais se contredire. L'époque gravétienne est celle de l'intuition primitive. Si les formes géométriques ne sont pas encore complètement révélées à l'homme, qui ne les mesure pas, les artistes en trouvent instinctivement le chemin.

Sur le plan pratique, deux propriétés du Triangle Sacré (ou Triangle 3-4-5) sont à énoncer en priorité. Elles font partie de la syntaxe qui relie les formes entre elles :
1 - Le cercle inscrit (appelé cercle intime), a pour rayon 1.
2 - La bissectrice venant du sommet formé par les segments 3 et 5 coupe le cercle inscrit (intime) à la mesure de 2.φ. (deux fois le nombre d'or)




Le Triangle Sacré est à la base de la composition de cette Vénus de Lespugue. Sa Géométrie
                        organise ses proportions.



Du triangle au quadrillage

La Vénus gravétienne de Lespugue révèle par sa projection frontale une structure entièrement basée sur le Triangle 3-4-5. Quatre d'entre eux construisent un losange et établissent un quadrillage de six carreaux en largeur sur huit en hauteur.

Toutes les formes de l'objet se réfèrent à un seul et même quadrillage de mesure, à une unité. Cette « coïncidence » ne laisse pas de prise au hasard. Nous ne sommes pas en présence d'un ensemble de formes indépendantes, elles développent une harmonie.

Les lignes internes des triangles révèlent la structure de la statue. Bien évidemment, la précision de l'objet n'est pas encore celle que l'on constatera sur les oeuvres sacrées du Moyen-Âge. Les trames géométriques ne sont pas encore révélés dans l'esprit des auteurs. Et pourtant, comme nous pouvons le constater, l'ensemble du vocabulaire géométrique du Triangle Sacré est déjà explicite.

Les cercles intimes des triangles inférieurs (en bleu) se rejoignent pour caler un rectangle doré (au nombril ?) : de proportion 2, diamètre du cercle intime, sur 2.φ. Ce rectangle horizontal rend compte en largeur de la largeur de la statue. Les deux cercles extérieurs semblent posés sur les bissectrices dorées des triangles (en vert).

Le triangle pubien est au Paléolithique un symbole de fertilité. Dürer s'en rappelle
                    dans sa gravure Melencolia.

Ancrage de la composition

Les quatre centres des cercles inscrits sont les points forts de la statue (en bleu), et les bissectrices dorées viennent ponctuer le triangle pubien, par ailleurs souvent utilisé comme symbole de fertilité, propos même de cet objet.

Plusieurs éléments magdaléniens (17 à 10 000 ans av. J.-C.) en témoignent, comme cette pierre paléolithique présentant une vulve stylisée, au Musée des antiquités nationale de Saint Germain en Laye.

Un cercle s'ajoute au triangle fendu par sa hauteur... Il y a aussi les représentations du Tuc d'Audoubert et d'Angles sur l'Anglin (France). Le néolithique reprend ce symbole, comme le montre B. Mundkur en 1978 dans un article, « notes on Two Ancient Fertility Symbols » pour la revue "East and West Roma" (vol. 28, no1-4, pp. 263-282).

Les deux symboles du culte de la fécondité sont cette fois le triangle sexuel féminin et le serpent. Dürer reprend ce symbole en sa gravure « Melencolia I ». Il nous montre ainsi que la Géométrie Sacrée se souvient de ses étapes depuis l'origine. Un article sera bientôt consacré à ce point particulier. ( Voir Melencolia I )

LE NOMBRE D'OR

La structure naturelle du rectangle doré, élément de la Géométrie Sacrée.

Le rectangle doré

La structure naturelle du rectangle doré engendre un rectangle aux dimensions 2(2-φ) sur 1, qui encadre la tête de la Vénus.

Le rectangle doré n'est pas exactement au centre. Ce décalage peut être considéré comme une sorte d'erreur, une maladresse. Pas dans ce contexte. N. B. : L'art africain pratique une esthétique dite "du cool" dont l'esprit est celui d'une symétrie imparfaite...

Le cercle intime, module de la composition

Les cercles du Soleil servent de mesure à cette Vénus paléolithique. La Géométrie Sacrée montre sa Symbolique.



Les cercles de rayon 1

(en gris) Ils soit de diamètre 2, est le module principal de la construction de la Vénus. Cette mesure est celle du Soleil dans la Symbolique géométrique traditionnelle.

Les cercles externes semblent calés sur la valeur de 3/2 (en bleu), mais ils restent à ce stade de l'étude encore "discutables" (peut-être le nombre d'or serait-il à propos). Néanmoins, le sommet de la tête rend cette mesure explicite.

Enfin, le décalage latéral du rectangle doré trouve ici un écho avec le dédoublement du cercle de 2 : fertilité = dédoublement ?

Les cercles de diamètre 3

Quatre cercles célestes esquissent les épaules et les cuisses de Vénus



Le Céleste

Quatre cercles de diamètre 3 viennent esquisser les épaules et les cuisses de la Vénus.

Le 3 est selon ce qu'on nomme "la tradition" féminin et céleste. La géométrie comparée constate l'aspect céleste dans l'iconographie, notamment chrétienne, mais remet en cause l'aspect féminin.

D'une part les symboles du féminin sacré se servent en majorité d'une autre valeur, la √3, à travers une série de figures qui le déploient sur le quadrillage : vesica piscis, triangle équilatéral, surmonté ou non d'un cercle.

D'autre part le céleste suffit amplement à la valeur 3. Il n'est pas besoin de surcharger sa mission. De plus, que dire de la connection féminin-céleste que ne manque pas de créer une telle association ?

Le carré de côté 4



La structure de la composition montre ici son carré de valeur quatre, devenu losange, en lien avec les
                        autres figures : cercles, triangles et rectangles de la géométrie.



Le carré terrestre

4 = Terre, en symbolique. Ce 4 se traduit ici par un carré, de quatre cotés et de coté quatre (du compte à la mesure). Il est ici incliné à 45° pour former un losange.

La structure

La structure se révèle ici clairement. Le losange du bas vient chercher les angles du rectangle de la tête depuis le bas de la statuette. Un deuxième losange, dont la moitié supérieure échappe au dessin, se cale sur les sommets des grands Triangles Sacrés de la composition (les bissectrices dorées sont en vert).

Les cuisses de la vénus emplissent ce triangle. La diagonale de ce carré de quatre, qui devient horizontale d'un losange selon son inclinaison, sert à caler les deux cercles bleus d'une composition précédente (évalués à 3/2 en dépit de leurs différences...). Cette étape met en évidence la subtile alchimie entre la construcion des figures de quadrillage, relativement simple, et une composition beaucoup plus complexe.

Les cercles de diamètre 5



La symbolique de l'Homme vient conclure la composition de cette Vénus Paléolithique.



Les cercles de l'Homme

Enfin, le cercle de 5 (= homme en symbolique) est la courbe qui sépare les bras du corps de la Vénus. Il encercle les seins et les pieds, tel une mesure. D'autres considérations de mesure concernent le nombre d'or, mais l'essentiel est là : toute l'oeuvre vibre selon l'organisation initiale du triangle sacré, y compris les développements dorés.

Les avancées les plus récentes de l'étude tendent à associer l'humain et le structurel (dogme) au 5. Pour la géométrie sacrée, quite à étonner les théologiens, le dogme ne cesse d'être humain en dépit de ses louables efforts.

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